Il y a des gens qui traversent le Sahara comme d'autres traversent une rue.
Ce sont les Touaregs, et le Sahara est le plus grand desert chaud du monde. Il est si grand qu'on pourrait y poser des pays entiers et les y perdre.
Les Touaregs enroulent autour de leur tete et de leur visage un long tissu appele tagelmust, tourne et retourne, ne laissant voir que les yeux. Le tissu est teint en indigo, un bleu tres profond, et la teinture n'est pas rincee a l'eau : on la bat dans le tissu jusqu'a ce qu'il brille. Ce qui fait qu'au fil des annees, un peu de ce bleu deteint sur la peau.
C'est pour cela qu'on les appelle les hommes bleus du desert.
Pendant des centaines d'annees, leurs caravanes ont transporte du sel a travers le sable. Pas de l'or, pas des bijoux : du sel, en grandes plaques lourdes, attachees sur les flancs des chameaux, parce qu'a cette epoque le sel valait autant que l'or et etait bien plus difficile a trouver.
Les chameaux marchent en longue file, l'un derriere l'autre, toute la journee, pendant des semaines.
Il n'y a pas de routes. Il n'y a pas de panneaux. Il n'y a rien que du sable dans toutes les directions, et le sable bouge.
Alors ils voyagent la nuit, quand il fait frais, et ils se dirigent grace aux etoiles : les memes etoiles, aux memes endroits, nuit apres nuit, annee apres annee. Un grand-pere apprend a un enfant quelle etoile se trouve au-dessus du puits, et cet enfant s'en servira encore quand il sera vieux.
Et quand la caravane s'arrete pour se reposer, quelqu'un sort un imzad, un violon a une seule corde, joue a l'archet par les femmes. Son chant est fin et doux, et il porte tres loin dans l'air vide.
Les chameaux replient leurs pattes. Le feu baisse. Les etoiles sortent par milliers, jusqu'en bas, jusqu'au sable.
Bonne nuit, voyageurs. Dormez bien.



