Il y a tres longtemps, dit l'histoire, il n'y avait aucune vache sur la terre.
Toutes les vaches vivaient dans le ciel avec Enkai, qui a fait le monde. Elles broutaient la-haut parmi les nuages, bien grasses, bien tranquilles, et personne en bas n'en avait jamais vu une seule.
Puis Enkai a baisse les yeux et a vu les Maasai, debout sur la grande herbe, sans rien a garder.
Alors Enkai a fait descendre une longue racine depuis le ciel, jusqu'a la terre, et a envoye les vaches descendre doucement le long de la racine, l'une apres l'autre, jusqu'a ce que la toute derniere pose ses sabots sur l'herbe.
Et Enkai a dit : elles sont a vous maintenant. Prenez soin d'elles.
C'est exactement ce que font les Maasai depuis ce jour, sur les grandes plaines d'herbe du Kenya et de Tanzanie, ou les acacias sont plats sur le dessus comme des tables et ou le ciel n'en finit plus.
Tu les reconnaitrais si tu les voyais. Ils portent des shukas, des tissus rouge profond, bleus, a carreaux, enroules et noues sur l'epaule. Ils portent des colliers de perles faits en cercles eclatants. Et lors des fetes, les jeunes hommes dansent l'adumu : ils se tiennent tres droits et ils sautent, et sautent, et sautent, de plus en plus haut, sans jamais se pencher en avant.
Leurs maisons sont posees en cercle, ce qu'on appelle un enkang, avec une cloture de branches epineuses tout autour et les vaches bien a l'abri au milieu.
Chaque soir, les troupeaux rentrent. La poussiere monte, doree dans le soleil bas, les clochettes tintent doucement, et les vaches passent par l'ouverture dans les epines, exactement comme elles le font depuis le jour ou elles sont descendues de la racine.
Puis on referme l'ouverture, et tout le monde s'endort.
Bonne nuit. Dors bien.



