Dans le nord de l'Éthiopie, il y a des montagnes si hautes et si étranges qu'on les appelle le toit de l'Afrique.
Ce ne sont pas des montagnes douces. Elles sont déchiquetées — d'énormes tours et pitons de roche alignés, avec des falaises qui tombent à pic sur mille mètres dans les nuages. On les appelle les monts Simien.
Là-haut, sur les sommets herbeux où l'air est mince et froid, vivent des singes qui n'existent nulle part ailleurs au monde.
On les appelle les géladas. Ils ont une épaisse fourrure brun doré comme une cape, de longs doigts habiles, et chacun porte sur la poitrine une tache de peau rouge vif, en forme de cœur. On les surnomme les singes au cœur rouge.
Les géladas font une chose qu'aucun autre singe ne fait : ils s'assoient dans l'herbe et la mangent, arrachant les brins avec leurs doigts toute la journée, en bavardant sans arrêt avec des grognements, des roucoulements et de petits cris. Les scientifiques disent que leur bavardage ressemble beaucoup à des gens qui parlent.
Il y a aussi là-haut des bouquetins walia aux grandes cornes recourbées, des renards roux, et des gypaètes qui laissent tomber des os sur les rochers pour les casser.
Et chaque soir, quand le soleil descend et que le froid arrive, toute la troupe de géladas marche jusqu'au bord de la falaise et descend par-dessus — car ils dorment à flanc de roche, là où rien ne peut les atteindre.
Bonne nuit, petits singes de la falaise. Tenez bon.

