Dans le village de Bonwire, au Ghana, il y a un bruit qu'on entend depuis la route.
Clac. Clac-clac. Clac.
C'est le bruit des metiers a tisser en bois, des dizaines, a l'ombre des arbres. Des hommes y sont assis, avec des fils tendus devant eux comme les cordes d'une harpe. Ils actionnent les pedales avec leurs pieds et font passer les couleurs avec leurs mains.
Ce qu'ils fabriquent, c'est le kente.
Le kente ne sort pas du metier en grand drap. Il en sort en bande etroite, large a peu pres comme ta main. Une bande, puis une autre, puis une autre. Ensuite on coud les bandes cote a cote, et alors seulement le tissu devient assez large pour envelopper une personne, tout flamboyant d'or, de vert, de rouge et de bleu.
Et voici ce qui surprend les gens.
Chaque motif a un nom, et chaque nom veut dire quelque chose. Il y a un motif qui veut dire *une seule personne ne dirige pas une ville*. Il y en a un qui veut dire *rien n'est impossible*. Porter du kente, c'est un peu comme dire une phrase a voix haute sans ouvrir la bouche.
La vieille histoire raconte que deux chasseurs de Bonwire marchaient dans la foret quand ils se sont arretes pour regarder une araignee tisser sa toile. Ils sont restes la longtemps, a observer le fil qui passait dessus, puis dessous, puis dessus, puis dessous. Ensuite ils sont rentres chez eux et ont essaye avec du raphia, puis avec de la soie, et c'est comme cela que le tissage a commence.
Les tisserands sont toujours la. Les metiers claquent toujours sous les arbres.
Et quelque part au Ghana ce soir, on termine un tissu qui dit quelque chose de gentil, en motifs, sans un seul mot.
Bonne nuit, Bonwire. Dors bien.



