Frederick est né en esclavage dans le Maryland, et une règle s'appliquait aux garçons comme lui : ils n'avaient pas le droit d'apprendre à lire.
Mais quand Frederick était petit, la dame de la maison a commencé à lui apprendre ses lettres — A, B, C — jusqu'à ce qu'on lui dise d'arrêter. Lire, disait-on, lui donnerait envie d'être libre.
On avait raison. Et il était déjà trop tard.
Frederick avait vu comment les signes sur une page devenaient des mots, et les mots des mondes entiers. Il n'allait pas y renoncer. Alors il a eu une idée.
Chaque fois qu'on l'envoyait faire des courses, il glissait un morceau de pain dans sa poche. Dans la rue, il trouvait des garçons qui savaient lire, et il échangeait : une bouchée de pain contre une leçon. Une lettre. Puis une autre. Puis un mot.
Petit à petit, sur les seuils et au coin des rues, Frederick a appris à lire tout seul.
Devenu grand, il s'est enfui vers le nord, et il s'est servi de ces mots durement gagnés partout. Il a écrit des livres. Il a fondé un journal — qu'il a appelé l'Étoile du Nord, comme l'étoile qui montrait le chemin de la liberté. Il a parlé devant des foules immenses, et des présidents l'ont écouté.
Tout cela grâce à un garçon avec un croûton de pain, apprenant ses lettres dans la rue.
Bonne nuit, petit lecteur.



