Il y a très longtemps, dans le royaume de Koush, là où le Nil dessinait de grandes courbes dans le sable doré, vivait une reine nommée Amanirénas. Son peuple l'appelait Kandaké, ce qui veut dire grande reine.
Amanirénas avait perdu un œil, mais tout le monde disait qu'elle voyait plus loin que quiconque. Elle voyait quand les familles avaient faim, et elle envoyait du grain. Elle voyait quand les petits étaient fatigués, et elle leur racontait des histoires jusqu'à ce que leurs yeux se ferment.
Un jour, des soldats venus de Rome, très loin, marchèrent vers Koush. Ils croyaient que la reine aurait peur. Elle n'eut pas peur du tout. Elle rassembla son peuple, et ensemble ils se tinrent si calmes et si courageux que les soldats s'arrêtèrent net.
Mais Amanirénas savait une chose importante. Le plus grand courage n'est pas de se battre encore et encore. Le plus grand courage, c'est de savoir faire la paix.
Elle envoya donc des messagers à travers le désert, avec un cadeau et ces mots : arrêtons-nous, laissons nos enfants grandir tranquillement.
Et le chef romain accepta. Il ramena ses soldats chez eux. Il promit même que Koush n'aurait jamais rien à payer, ce qui n'arrivait presque jamais à cette époque.
Ce soir-là, Amanirénas marcha doucement dans sa ville. Les lampes brillaient aux fenêtres. Quelque part, une maman fredonnait. Quelque part, une chèvre soupirait dans son enclos.
La reine leva les yeux vers les étoiles au-dessus du Nil et sourit, car son peuple était en sécurité. Et ceux qui sont en sécurité dorment bien.
Elle aussi.
Bonne nuit, cœur courageux. Bonne nuit.



