En Afrique de l'Ouest, au Mali, au Sénégal et en Gambie, il y a des gens qu'on appelle les griots, et leur métier est le plus beau de tous. Ils se souviennent.
Un griot se souvient du nom des rois et des grands-mères. Un griot se souvient de qui a planté quel arbre, de l'année où les pluies sont arrivées en retard, et de la phrase drôle que ton arrière-arrière-grand-père a dite un jour à un mariage.
Et quand un griot te raconte tout cela, il ne le dit pas simplement. Il le chante, et il joue de la kora.
La kora est un instrument magnifique. Elle est faite d'une grande calebasse coupée en deux, recouverte d'une peau douce, avec un long manche qui s'élève comme un jeune arbre. Et le long de ce manche courent vingt et une cordes.
Le griot joue de la kora avec quatre doigts seulement, deux pouces et deux index, en pinçant si doucement que le son ressemble à de l'eau qui tombe sur des pierres.
Les familles de griots font cela depuis des centaines et des centaines d'années. Une mère griotte enseigne à sa fille. Un père griot enseigne à son fils. Rien n'est écrit. Tout est gardé précieusement à l'intérieur d'eux, comme une lampe qu'on porte avec soin d'une pièce à l'autre.
Alors ce soir, pendant que tu t'endors, quelque part une kora joue. Vingt et une cordes qui chantent tout ce dont quelqu'un s'est souvenu.
Laisse-la t'emporter dans le sommeil.
Bonne nuit.
