Au large du Sénégal, à quelques minutes de bateau de la ville de Dakar, il y a une toute petite île qui s'appelle Gorée.
Il n'y a pas de voitures à Gorée. Les maisons sont peintes en abricot, en rose et en vieux rose, et des fleurs violettes retombent le long des murs. Des enfants jouent au football sur les petites places. La mer est partout où l'on regarde.
Mais Gorée porte quelque chose de triste dans son passé, et il faut le dire doucement et sincèrement.
Il y a très longtemps, des gens ont été emmenés de chez eux, sur cette côte, et transportés très loin de l'autre côté de l'océan, sans pouvoir revenir. C'était une chose très mauvaise à faire à quiconque. À Gorée, il y a une vieille maison avec une porte qui s'ouvre directement sur la mer, et c'est par cette porte qu'ils sont partis.
Aujourd'hui, la porte est silencieuse. Des gens viennent de tous les pays du monde pour se tenir devant elle un petit moment. Certains sont les arrière-arrière-arrière-petits-enfants de ceux qui l'ont franchie. Ils reviennent. Ils se tiennent dans la porte par laquelle leur famille est partie, et ils disent : nous sommes toujours là.
C'est pour cela qu'on appelle Gorée un lieu de mémoire. Se souvenir, c'est une façon d'aimer des gens qu'on n'a jamais rencontrés.
Le soir, les bateaux repartent vers Dakar, l'île devient silencieuse, et la mer continue de bouger comme elle l'a toujours fait.
Bonne nuit, Gorée. Bonne nuit.



